quelques textes.

‌Au sujet de Sculptures Peintes


Déjà dans sa peinture, l'œuvre de François Lenhard s'exprime dans l'abstraction par la couleur, la matière, les formes, les épaisseurs et y puise toute sa force, son énergie . Elle s'apparente avec les sculpture polychrome, image rémanente de l'enfance. Le support ici est rehaussé sur un socle, érodé, creusé parfois béant est synonyme des déchirures, des plaies du Monde. Mais la cicatrisation s'opère. Les épaisseurs de matière, ses boursouflures prennent place dans les crevasses et parlent elles, d'espoir. Dures, rêches, grises, elles évoluent vers le blanc éclatant, immaculé et annoncent la guérison attendue. La vie est là, de part et d'autre les couleurs éclatent pures, vives comme des cris de couleurs. C'est un livre ouvert sur l'attente d'un monde meilleur.
L'Abstraction ou l'indicible est palpable, s'exprime sans atermoiement par une facture maitrisée, audacieuse parfois impertinente.
 
S. Dranel

 

‌Au sujet de l'Eglise réfléchie

 

Un collectif de 12 artistes de l'association Couleur Vinaigre expose à l'Eglise Saint Etienne de Beaugency sur le thème de la réflexion, de la transparence.
Parmi eux, François Lenhard, membre actif de Valimage, expose une intéressante série photographique intitulée ex-voto
Ce qui, avec l'incomparable accent lorrain, revendiqué, de François peut s'entendre "ex-photo". A vous de découvrir un travail photographique qui s'inscrit à la fois dans un projet réfléchi et dans un lieu dont il constitue une sorte de mise en abyme.
 
Jacques Michaud

Au sujet de Dies Irae

 

L'apesanteur de la grâce


Dies Irae est une série de tableaux nés de l'écoute d'un requiem électrique. Le peintre coloriste François Lenhard nous livre ici une œuvre aux sonorités spirituelles, sombres comme la colère divine. Ces œuvres noires sont en dissonance avec les notes de couleurs vives de ses autres peintures
L'expérience acoustique, Ur Requiem du musicien strasbourgeois Detlef Kieffer, a été la source d'inspiration du peintre, qui, à la manière de son maître, Paul Rebeyrolle, défend une certaine idée de l'humanité.
Ur Requiem est l'assemblage baroque du préfixe Ur, (originel en allemand) à Requiem (repos en latin), la messe pour le repos des morts. Or ces peintures que j'ai vues la première fois, installées dans le chœur de l'église Saint Germain (à Sully sur Loire) m'ont réveillé de mon sommeil esthétique.
«Ces toiles se dressent devant vous, vivants, non pour vous parler de la fin… mais de l'origine !»
Dies Irae, est un ensemble d'œuvres qui donne à voir une audition de couleurs. Sans vouloir peindre de la musique, ces tableaux résonnent d'un feu intérieur / grondement chaotique / musique des sphères… Cette verticalité enflammée de contrastes (lisse/rugueux) et de contradictions (terre/ciel) est encadrée par deux bandes horizontales. En bas : un sol de craie où des feuilles d'arbres et des cailloux se sont fossilisés; en haut : un ciel d'orage, de cendres, où le bleu cherche à capter le soleil comme une main tendue.
Le peintre nous fait passer de l'eschatologique jour de colère divine à la scatologie des couleurs : du rouge sale parce qu'enfumé de lave, de la peinture rouillée par des larmes de cuivre, des bandages souillés de suie. Ces tableaux sont autant de cicatrices aux lèvres noires-goudron où l'œil plonge pour entendre, des glottes pailleuses, sourdre les mugissements prophétiques des brandons du désespoir.
Ce paysage où la terre saigne nous livre une nouvelle compréhension du ciel, de la terre, de l'espace qui nous délivre de notre rapport possessif à la matière. Ainsi nous allège-t-il de notre pesanteur. La musique, art de la durée, et la peinture, art de l'espace, se conjuguent ici pour nous donner à penser un rapport espace/temps qui n'est plus celui de la vitesse. L'espace de la toile nous ouvre à une nouvelle spiritualité où la nature nous dit que l'humain n'est plus au centre du monde. Ce jour de colère n'est donc pas une colère divine liturgique mais bien le cri profane et originel de la terre qui relie tous les vivants.
Entendrons-nous enfin ce signal lumineux qui retentit au milieu de nos ténèbres ? Sur quel théâtre-cathédrale-des-sillons ces lambeaux de rideau rouge s'ouvrent-ils ? Quel voile d'illusion nous faudra-t-il déchirer pour regarder enfin notre destin en face ? Quelle heure de vérité carillonne du tocsin aux tympans de notre surdité ?
En regardant ces peintures, nous pourrons, peut-être (?), comprendre le poids de notre dette envers la vie et retrouver la grâce de la danse, autrement dit : La pesanteur de la grâce.
 
 
Bruno Chevaillier
février 2009

 

Au sujet de l'oeuvre de François Lenhard

François Lenhard, un peintre libre.

 

Tout a commencé comme pour cicatriser, comme pour s'élancer aussi vers l'avant. A la suite d'un accident, François Lenhard pose les mains dans la terre, patiemment sculpte le bois. Se produisent en lui une étincelle durable et une promesse de feu. Des songes colorés accourent, en résonance. Un souvenir d'enfance, celui d'un goût aigu pour la peinture, des fresques baroques des églises de sa région natale, ressurgit. S'y ajoutent les rêves du présent, ceux que l'aube ne désembue pas. Naissent alors les premiers tableaux, dans le sens des cicatrices, des failles laissant déjà passer la lumière, le gréement de la couleur. 

 

Conscient alors d'être borderline, entre sculpture et peinture, entre figuration et abstraction, entre vision poétique et vision politique. Oui, un artiste à la frontière, comme celle mouvante des mosellans de son village d’origine, à la marge de deux cultures. 

Puis, le voyage continue pour creuser plus profond, pour sarcler plus loin. Stage psychiatrique, formation, créer avec l'autre, pour l'autre, penser et panser l'autre avec l'art. La vie doit maintenant poindre partout. 

  

Peindre devient oser un relief, dépasser la matière, la heurter, prendre la couleur, résolument, comme autrefois saisir la terre avec les mains. L’artiste recherche les clefs d'un agencement des formes, objets et paysages se mêlent en longues parcelles, en bannières, en écheveaux d'émotions, peinture tel un passage, un ailleurs du regard. Toujours, sans appuyer, le peintre installe dans le même temps un rituel, la persistance rétinienne de la polychromie religieuse. Flèches et signes d'élévation ponctuent les tableaux. Proximité aussi des expressionnistes allemands, comme maîtres enflammés des couleurs et de Paul Rebeyrolle pour la matière et une peinture sans concession. 

 

Mais c'est l'homme que l'artiste traque avant tout, même dans l'abstrait. En soit témoin la longue série d' Absence/Présence, si bien nommée. La démarche s'élargit vers des moments de révolte avec, comme en miroir, un regard amusé ou questionneur sur le monde. 

Un choix qui se retrouve dans les titres des œuvres elles-mêmes: Et que disent-ils quand ils se taisent ? ou, plus intime: C'est de côté-ci qu'elle est tombée du ciel. 

 

Aujourd'hui, en son atelier, je découvre ces trésors. Et aussi cette magnifique suite récente pour une église près de la Loire: noirs profonds, inattendus, percées bleues vers le haut, strates de l'invisible, un peu sur le chemin de Tàpies, mais surtout si personnelles, à l'image d'un peintre libre: François Lenhard. Il y a tant de force dans cet homme calme. Dans son œuvre d'autodidacte devenu aujourd'hui un artiste accompli, il ne s'agira jamais de plaire pour plaire, mais de demeurer aussi vrai que la main au moment où elle peint. 

  

Carl Norac, Janvier 2009